La méthode Padovan
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| La Réorganisation Neuro-Fonctionnelle...
¬ Béatriz Padovan (1927) est
brésilienne. Elle a été professeur à l'école
Rudolf Steiner de Sao Paulo. Ce fût dans cette
période d'enseignement qu'elle rencontra
des enfants ayant des difficultés de tous
ordres : difficultés d'apprentissage, de
mémorisation, d'écriture, de compréhension,
mais aussi des difficultés de comportement,
de relation aux autres. Souvent, Béatriz
consacra du temps à ces enfants-là,
en dehors du temps scolaire, réinventant
des histoires, d'autres manières
d'expliquer.
¬ Malgré ce qu'elle
appelait "la meilleure
pédagogie du monde", malgré tout
le génie pédagogique personnel qu'elle
pouvait mettre en œuvre, malgré tout l'amour
des enfants dont elle était capable, les
difficultés persistaient. Béatriz
faisait l'expérience de la limite entre la
pédagogie et la thérapie. Elle quitta
donc l'école pour faire une formation d'orthophoniste
; puis elle pratiqua l'orthophonie en cabinet. Devant
la récidive de certaines difficultés
après des séances
d'orthophonie traditionnelle, elle voulut chercher
plus loin.
¬ Ce fût une conférence de R.Steiner (1861-1925) intitulée "Marcher, Parler, Penser" qui la mit sur la voie. Dans cette conférence, R.Steiner décrit ces trois étapes des trois premières années de la vie comme essentielles pour toute la vie de chaque être humain ; mais surtout il mentionne leur inter-relation : l'étape du 'marcher' prépare l'étape du 'parler' et l'étape du 'parler' prépare l'étape du 'penser'.
¬ En orthophonie traditionnelle,
Béatriz prit conscience qu'elle rééduquait
les difficultés du langage par des exercices
liés au langage. Si cela améliorait
certaines déviances, beaucoup d'autres persistaient,
comme si seul le symptôme était soigné sans
atteindre la cause. Béatriz décida
alors de se pencher sur l'étape qui précède
la parole : l'apprentissage de la
marche.
¬ C'est alors qu'elle rencontra
les travaux d'un neuro-chirurgien américain Temple
Fay (1895-1963). Celui-ci avait fait un tour du monde
avec une caméra pour observer les différentes
phases de l'apprentissage de la marche chez les
enfants de différents pays. Il observa alors
que tous les enfants du monde parcouraient les mêmes étapes,
avaient les mêmes 'patterns' pour cet apprentissage.
Seuls des principes d'éducation restrictifs
ou des obstacles internes à l'enfant (handicap)
empêchaient certains enfants de vivre ces étapes.
Temple Fay répertoria cette succession de
patterns de base
et mis en place un programme de rééducation.
¬ Béatrice Padovan, à partir de ces observations scientifiques, y ajouta son génie de pédagogue. Elle proposa dans une seule séance une récapitulation de ces mouvements de base. Elle y apporta le rythme thérapeutique par excellence en accompagnant chaque mouvement par des poèmes, des comptines ou des chansons.
A cette récapitulation des mouvements de
tout le corps elle adjoignit ce qui fût sa
propre recherche à partir de la maturation
des fonctions de la bouche : pour parler, nous utilisons
la même neuro-musculature que pour manger et respirer.
L'étape du parler sera donc améliorée également
par cette récapitulation des mouvements primitifs
de la nutrition et de la respiration.
Ces fonctions appartiennent aussi à des
circuits situés en-dessous du niveau de la
conscience et seront accompagnés
de poésies et rythmes.

¬ Toute cette réorganisation
se complète par une récapitulation
du développement de la main et de l'oeil.
Par les poèmes et les comptines, le sens
de l'ouïe est aussi stimulé. Si la (le)
thérapeute se relie au sens de la parole,
du verbe, en laissant sonner tout son instrument
corporel par sa voix, une récapitulation
de l'ontogénèse sonique peut aussi être
apportée.
¬ L'une des surprises que
rencontra Béatriz Padovan et les praticiens
de la méthode fût de s'apercevoir qu'avec
ce travail non seulement le langage était
amélioré, mais aussi d'autres éléments
inattendus. Les parents observent : il ne fait plus
pipi au lit ; il est moins agressif ; il est plus
présent à ce qui l'entoure ; il écrit
mieux (alors qu'on ne fait pas de pages d'écriture)
; il devient gai ; il s'organise mieux dans son
travail ; il s'oriente plus facilement pour aller
en ville...
¬ Toutes ces adaptations à la
vie quotidienne faisaient souvent défaut,
mais on en parlait pas parce que moins visibles
qu'une inversion de lettre ou qu'un défaut
de prononciation. Toutes sont liées au processus
de maturation neurologique. Elles deviennent efficientes
dès
que le système nerveux reçoit des
stimulations adéquates.
¬ Les quinze dernières
années de recherche scientifiques ont mis
en évidence les notions de "maturation
neurologique" et de "neuroplasticité".
Notre système nerveux n'est pas achevé à la
naissance. Les cellules étant là,
tout le réseau de communication entre elles
est intimement lié aux stimulations sensorielles
et affectives qui vont permettre ou non la création
de connections entre elles. Ces données scientifiques
viennent confirmer ce que R.Steiner disait aux pédagogues
au début du XXème siècle.
Chaque jardinière d'enfant sait, entre autre, que les organes des sens sont inachevés chez le tout-petit enfant et que c'est en fonction de ce que l'oreille perçoit que celle-ci achève de se former, en fonction de que l'oeil voit qu'il se mature. D'où le soin particulier donné à l'atmosphère 'sensorielle' des jardins d'enfants Steiner : la musique est donnée par un instrument ou par la voix de la jardinière et non par une cassette enregistrée. Les couleurs, les odeurs, le toucher, toutes ces expériences sensorielles sont proposées avec ce profond respect du développement de l'enfant.
¬ Le Dr Nelson Francisco Annunciato,
neuro-anatomiste brésilien, fit le lien
entre ces notions de maturation neurologique, de neuroplasticité et la
récapitulation du développement psychomoteur utilisée dans
la méthode Padovan. Il décrivit comment, partant de l'horizontale
du berceau et allant vers la verticale de la marche, en passant par le 'rouler',
'ramper',
'marcher à 4 pattes', l'enfant mature son système nerveux en partant
des circuits les plus inconscients (moëlle épinière, cervelet)
pour aller jusqu'au cortex qui permet la pensée consciente.
¬ En proposant une récapitulation des mouvements du début de la vie, nous stimulons le système nerveux avant la difficulté repérée (dyslexie, instabilité comportementale, hyperactivité ou hypotonie, etc.). De ce fait, nous avons plus de chance de 'balayer' la zone où l'étape de maturation a été lésée ou non stimulée. Ce qui entraîne une amélioration globale de tout l'être.
"Plus on suivra ce que nous enseigne la nature humaine et moins nous aurons de risque de nous tromper" (B.A.E.Padovan).
Hélène Petit.
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